EcolePratique des Hautes Etudes
09-02-2010
Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Sciences religieuses

Directeur de la collection : Gilbert Dahan

Secrétaire de rédaction : Francis Gautier

Secrétaire d'édition : Cécile Guivarch

Comité de rédaction : Denise Aigle, Mohammad Ali Amir-Moezzi, Jean-Robert Armogathe, Jean-Daniel Dubois, Michael Houseman, Alain Le Boulluec, Marie-Joseph Pierre, Jean-Noël Robert

Actuellement publiée chez Brepols, la collection « Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Sciences Religieuses », fondée en 1889 et riche de près de 130 volumes, reflète le haut niveau de spécialisation et d'érudition de l'École Pratique des Hautes Études, ainsi que la diversité des enseignements et des recherches menés au sein de la Section des sciences religieuses de l'École.

On retrouve dans cette collection, avec l'esprit scientifique, laïque et pluraliste qui caractérise l'étude des faits religieux à la section, la pluralité des disciplines pratiquées au sein de cette dernière : philologie, archéologie, histoire, philosophie, anthropologie, sociologie, droit, iconologie.

La diversité des religions et aires culturelles étudiées à la section se retrouve également dans la « Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Sciences religieuses ». Elle aborde tant les religions anciennes disparues que les religions contemporaines, l'originalité historique, philosophique et théologique des trois grands monothéismes que la diversité religieuse en Inde, au Tibet, en Chine, au Japon, en Afrique et en Amérique, dans la Mésopotamie et l'Égypte anciennes, dans la Grèce et la Rome antiques, sans oublier l'étude des marges religieuses et des formes de dissidences, l'analyse des modalités mêmes de sortie de la religion.

Les ouvrages sont signés par les meilleurs spécialistes français et étrangers dans le domaine des sciences religieuses (enseignants de l'EPHE, invités, anciens élèves de l'École...).

Ouvrages disponibles à la vente 

• chez Vrin, 6 place de la Sorbonne, 75005 Paris, pour les volumes publiés chez Peeters ou aux Presses Universitaires de France (PUF): vol. 72, 79 à 102 ;

• Librairie chrétienne 7 ici - 48 rue de Lille - 75007 Paris : à partir du vol. 109

ou sur commande chez Brepols Publishers, Begijnhoff 67, 2300 Turnhout, Belgique (info.publishers@brepols.com ) pour les volumes 105 et suivants, publiés chez cet éditeur.
Site internet : http://www.brepols.net


 Tous les ouvrages de la collection sont consultables à la Bibliothèque de la Section des Sciences religieuses.
 

À paraître

vol. 140, A. Nagy, Qui a peur du cannibale ? Récits antiques d’anthropophages, 308 p. [env. 45 euros]. pdf
Parmi les monstres qui nous remplissent de terreur tout autant qu’ils nous fascinent, l’anthropophage et le cannibale occupent une place d’honneur. Or, cette fascination mêlée de terreur – ou terreur mêlée de fascination – ne date pas d’hier. Dans l’Antiquité déjà, ceux qui se livraient à des actes gravement répréhensibles – conspiration et rébellion, banditisme, parricide, inceste ou pratique des rites pervertis – furent souvent soupçonnés de cannibalisme. La chrétienté de l’Empire romain fut confrontée à ces soupçons pendant les deux premiers siècles de son existence ; les prétendus sorciers et les hérétiques pendant tout le Moyen Âge ; quant aux Juifs, ils en firent les frais jusqu’au siècle dernier. Pourquoi l’anthropophagie éveille-t-elle tant d’émotion, tant de haine ? Pourquoi ce paradigme est-il capable de décrire la peur, le sentiment de danger que l’Autre suscite en nous-mêmes ? Le présent livre propose des éléments de réponse par l’analyse des récits antiques d’anthropophages. Le lecteur suivra le chemin qu’a parcouru le motif de l’anthropophagie, de simple marqueur d’identité – puis signe d’exclusion –, jusqu’à devenir une véritable arme fatale contre ceux dont les idées et le mode de vie auraient pu mettre en danger l’ordre établi ; il sera également témoin du processus par lequel les exclus eux-mêmes s’appropriaient la figure de l’anthropophage pour renverser la situation. Le voyage durera plus de mille ans et aura pour cadre la Grèce des cités, les royaumes hellénistiques, puis l’Empire romain, pour faire une escale en Israël et une brève excursion vers la Mésopotamie avant d’arriver à la destination finale, l’Empire romain chrétien.

Agnès A. Nagy est historienne, spécialiste des religions de la Méditerranée ancienne. Sa thèse de doctorat en histoire des religions, dont le présent livre est issu, fut soutenue en juillet 2006 à l’Université de Genève, sous la direction de Philippe Borgeaud et Enrico Norelli. Après une année passée à l’Institut de Judaïstique de Vienne (Autriche) en tant que boursière du FNRS, et trois ans à la Faculté de Théologie et de Sciences des Religions à l’Université de Lausanne comme collaboratrice scientifique, elle participe actuellement à un projet de recherche centré sur les théories anciennes et modernes de la légitimation religieuse de la mise à mort, en collaboration avec Francesca Prescendi, à l’Université de Genève.

 

Dernières parutions

vol. 139, M. Yahia, Šāfi‘ī et les deux sources de la loi islamique, ISBN 972-2-503-53181-6 : 542 p. [65 euros]. pdf
La loi islamique ou šarī‘a, qui utilise le Coran et les traditions prophétiques, est loin de se confondre avec ces données primitives. Elle a peu a peu précisé son vocabulaire, sa méthode, ses procédés de raisonnement, pour donner lieu à une discipline autonome, le fiqh. Cette science de la loi, impuissante à trouver une expression unique, s’est codifiée dans plusieurs écoles concurrentes ou rites (maḏāhib) qui finirent, comme on sait, par se réduire à quatre dans l’islam sunnite. Quant à l’histoire du fiqh, elle comporte bien des zones d’ombre. Fort obscure, en particulier, est la période immédiatement antérieure à la formation des écoles, qui commence avec le IIIe siècle de l’hégire (IXe siècle de l’ère chrétienne). C’est qu’en effet les documents historiques restent vagues ou contradictoires sur les raisons qui incitèrent les éponymes des rites, les imams réputés fondateurs, à faire preuve d’originalité créatrice. D’autre part, il semble hasardeux de remonter, faute de sources directes ou irréprochables, jusqu’à l’enseignement laissé par ces personnages clés.
Sans conteste, le cas de Šāfi‘ī (150-204/767-820), troisième en date des quatre imams, se présente plus favorablement à cet égard. De surcroît, il aurait joué un rôle de pionnier, selon la tradition, dans la théorisation du fiqh (uṣūl al-fiqh). Or, paradoxalement, une monographie d’ensemble n’avait pas été écrite à ce jour sur cette personnalité. La présente étude tente de combler cette lacune. Dans une première étape, elle s’emploie, sans esquiver les questions méthodologiques préalables qui conditionnent une telle recherche, à rassembler des matériaux sur le parcours intellectuel du grand légiste mecquois. La seconde partie, qui confronte la casuistique du maître avec ses principaux écrits théoriques, dont sa fameuse Risāla, permet de mesurer l’apport réel de Šāfi‘ī  à la théorie légale. Elle aboutit à remettre en question un aspect de la reconstruction tentée naguère, en fonction de certains a priori méthodologiques, par Joseph Schacht dans ses Origins of the Mohammadan Jurisprudence.

Mohyddin Yahia, docteur de l’E.P.H.E., enseigne, entre autres, l’islamologie à la Dâr al-Hadîth de Rabat. Ses recherches portent sur l’histoire du šāfi‘isme et la logique légale de l’islam. Il collabore, au sein du Ministère des Affaires religieuses du Maroc, à une édition critique du Muwaṭṭa’ et contribue régulièrement aux publications du Laboratoire d’étude des monothéismes (UMR 8584).

 

vol. 138, M. Cartry, J.-L. Durand, R. Piettre (dir.), Architecturer l’invisible. Autels, ligatures, écritures, 2009, ISBN 978-2-503-53172-4 : 448 p., 36 ill. n&b [60 euros]. pdf
Des ethnologues, des hellénistes, un assyriologue, une médiéviste, conscients du risque d’ethnocentrisme que fait peser l’utilisation de la catégorie de la « présence » dans le champ du religieux, ont cependant placé cette abstraction au centre de leurs travaux : ils ont fait de la « présence » un dénominateur commun dans un large spectre de catégories comparatives que l’on a coutume d’étudier séparément, comme la divination, le sacrifice, la possession. La simple approche concrète de ce que l’on pourrait appeler « autel » dans les cultures particulières a démontré que cet artefact rituel pouvait se réaliser indépendamment de toute procédure spécifique d’aménagement ou de construction, mais plus directement dans la gestuelle de présentation de l’offrande, animée ou inanimée ; et l’instance pouvait elle-même se réaliser sous la forme d’un autel. Simultanément, des corrélations nouvelles, rarement repérées, ont pu émerger entre des composantes du rite, faisant apparaître ici une articulation étroite entre parole, écriture et ligature, là la récurrence de « bouches » pour faire taire, ingérer, proférer, révéler, maudire, ailleurs encore la grammaire complexe et les gestes à suivre pour les formes variées du dépôt. Les contributions se distribuent entre trois verbes d’action : ouvrir, parce que toute instauration et toute « reprise » d’un culte requièrent l’invention et la mise en place d’un commencement ; œuvrer, parce que le rite fait feu de tout bois dans les manipulations qui, par métaphore ou par métonymie, construisent des lieux de mise en présence des acteurs et des instances ; écrire, parce qu’en toute performance rituelle, y compris dans les sociétés réputées sans écriture, surgissent un temps d’inscription et un temps de déchiffrement du signe, sur un support rendu efficace tant par ses qualités propres que par cette inscription même.

Michel Cartry, ethnologue de l’Afrique Noire (École Pratique des Hautes Études), Jean-Louis Durand, helléniste et anthropologue (CNRS, Centre Louis Gernet), Renée Koch Piettre, helléniste et comparatiste (École Pratique des Hautes Études), animent ensemble à Paris un groupe de travail sur les pratiques des polythéismes, en s’inspirant des travaux de Marcel Detienne. Leurs travaux croisés ont exploré les aires sacrificielles, avant de s’orienter vers la question de la « présence » des puissances de l’au-delà.

 

vol. 136, D. Puccio-Den, Les théâtres de « Maures et Chrétiens ». Conflits politiques et dispositifs de réconciliation (Espagne, Sicile, XVIIe-XXIe s.), 2009, ISBN 978-2-503-52980-6 : 311 p., 8 ill. coul. [env. 50 euros]. pdf
Jeux théâtraux, performances rituelles et fêtes urbaines, dans maintes villes d’Espagne et d’Italie du Sud, mobilisent, depuis le XVIIe siècle, l’histoire de l’affrontement entre « Maures et Chrétiens ». Loin d’être des épiphénomènes de type folklorique, ces manifestations, fortement soutenues par les pouvoirs locaux, impliquent tous les secteurs des sociétés concernées et dépassent le temps et l’espace qui leur est dévolu pour charpenter des discours et des pratiques sociales, des modes de gouvernance politique et de gestion du sacré.
Deborah Puccio-Den nous livre ici les résultats de plus de dix ans d’enquêtes de terrain au pays valencien, en Andalousie, en Aragon et en Sicile, articulés dans une perspective comparatiste et conjuguant la méthode historique à la démarche anthropologique. Cette double approche fait émerger les multiples relations de sens établies par les acteurs entre les anciennes batailles opposant chrétiens et musulmans et les conflits plus récents qui ont ébranlé ces pays du Sud de l’Europe : la guerre civile espagnole et le combat entre la mafia sicilienne et le front de l’Antimafia. L’hypothèse explorée par cet ouvrage identifie dans ces théâtralisations de la guerre et de la conversion religieuses des opérateurs de pacification qui, tout en conférant les traits des ennemis d’antan – barbarie, idolâtrie, superstition – aux adversaires politiques du présent, ménagent les conditions symboliques et réelles de leur réintégration sociale. À travers cette réflexion, fondée sur une microanalyse des mécanismes de fabrication et de résorption de l’altérité intérieure, c’est la prégnance du lien entre politique et religieux au sein des sociétés démocratiques du monde occidental qui est mise au jour.

Deborah Puccio-Den, anthropologue, est chargée de recherche au CNRS, rattachée au Groupe de Sociologie Politique et Morale (Institut Marcel Mauss, EHESS/CNRS). Auteur de l’ouvrage Masques et dévoilements. Jeux du féminin dans les rituels carnavalesques et nuptiaux, Paris, CNRS Éditions, 2002, elle a aussi consacré plusieurs travaux aux constructions judiciaires, artistiques et mémorielles de la mafia sicilienne. Ses recherches actuelles, dans le cadre d’une anthropologie pragmatique de la justice, explorent parallèlement les pratiques professionnelles des juges anti-mafia et le fonctionnement de l’association secrète Cosa Nostra.


Anciennes parutions

vol. 137, M. A. Amir-Moezzi, M. M. Bar-Asher, S. Hopkins (dir.), Le shî’isme imamite quarante ans après. Hommages à Etan Kohlberg, 2009, ISBN 978-2-503-53114-4 : 438 p. [65 euros]. pdf
Au printemps 1968, lorsque la France et bon nombre d’endroits dans le monde étaient secoués par des mouvements de protestations sociopolitiques importants, quelques grands savants se réunissaient à la vieille et prestigieuse université de Strasbourg et allaient déclencher un véritable tournant dans les études islamologiques en Occident. En effet, pour la première fois, des chercheurs d’envergure mondiale se rencontraient dans un colloque exclusivement consacré au shi’isme imamite. Les conférences et les discussions aboutirent à la publication d’un excellent recueil d’articles : Le shî’isme imâmite : Colloque de Strasbourg (6-9 mai 1968), Presses Universitaires de France, Paris 1970.
Si nous avons souhaité associer le 40e anniversaire de cet événement à l’hommage que nous voulions rendre à Etan Kohlberg, c’est pour souligner le rôle majeur de ce dernier dans l’enrichissement et l’approfondissement des études consacrées au shî’isme imamite. En effet, l’ampleur de ses connaissances, la rigueur radicale de son érudition et ses grandes qualités humaines ont été des facteurs décisifs dans la diffusion des études shî’ites et leur transmission à travers la formation de générations entières de chercheurs. Ainsi, ce volume d’hommage se veut un témoignage de l’essor grandissant des études shî’ites imamites et de la dette indéniable de celles-ci aux savants réunis, il y a quarante ans, à Strasbourg, ainsi qu’à l’œuvre immense d’Etan Kohlberg.

Mohammad Ali Amir-Moezzi est directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études. Meir M. Bar Asher et Simon Hopkins sont professeurs à l’Université Hébraïque de Jérusalem.

 

vol. 135, C. Henry, La force des anges. Rites, hiérarchie et divinisation dans le Christianisme Céleste (Bénin), Turnhout, Brepols, 2008, ISBN 978-2-503-52889-2 : 284 p [49 euros]. pdf
Le Christianisme Céleste est une de ces Églises créées par les Africains pendant la période coloniale dans le mouvement qui les poussait à se réapproprier le message missionnaire. Il relève, plus précisément, de la mouvance prophétique dite aladura que connut le pays yoruba (Nigeria) mais est né à Porto-Novo, au Bénin. Cette Église a pris dans ce pays un remarquable essor, au point qu’elle y est aujourd’hui, par le nombre de ses fidèles, la seconde communauté chrétienne après la catholique. Le Christianisme Céleste s’est également diffusé dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale ainsi qu’en Europe et aux États-Unis. Cet ouvrage s’attache à rendre compte de cette Église d’un triple point de vue_ : en tant qu’elle est une institution dotée d’une histoire et d’une organisation, que ses paroisses constituent des lieux de vie pour ses fidèles et qu’elle est une communauté religieuse célébrant des rites spécifiques. Dans un premier temps, l’auteur expose les mouvances religieuses et politiques qui ont présidé à l’émergence de cette Église, dresse le portrait de son fondateur et décrit le développement de l’Église depuis sa fondation en 1947 jusqu’à nos jours. Dans un second temps, l’auteur nous présente le fonctionnement quotidien d’une paroisse où figurent au premier plan les diverses fonctions, titres et grades intégrés à un système complexe de signes et de compétences, les relations d’autonomie et de dépendance qu’impliquent ces disparités statutaires, ainsi que les conflits qui surgissent régulièrement au sein de ce groupe. Enfin, le Christianisme Céleste nous est présenté en tant que communauté religieuse avec ses espaces et temporalités dévotionnels propres, sa liturgie, ses objets sacrés et ses rituels. L’auteur décrit minutieusement l’organisation et le déroulement des pratiques cultuelles hebdomadaires et annuelles, les rites intervenant dans le cycle de vie, et analyse l’un des traits distinctifs de cette Église qui est la divination et la guérison par voie de visions.

Christine Henry est anthropologue, chargée de recherche au CNRS, rattachée au laboratoire « Centre d’Études des Mondes Africains ». Avant de s’intéresser aux dynamiques religieuses modernes du Sud-Bénin (nouvelles Églises, culte anti-sorcellerie et culte de Mami Wata), elle travaillait en Guinée-Bissau, dans l’archipel des Bijagos où elle a étudié particulièrement les classes d’âge et le système rituel féminin qui organisent cette société.

 

vol. 134. Odile Journet-Dialo, Les créances de la terre. Chroniques du pays jamaat (Jóola de Guinée-Bissau), Turnhout, Brepols, 2007, env. 350 p., 22 ill. pdf
Au sein des populations jóola du Sénégal et de la Guinée-Bissau, entre forêts et mangroves, le pays jamaat passe pour un véritable conservatoire des institutions villageoises et des cultes voués à des puissances dont les autels quadrillent le territoire. « Jetées sur la terre » par le Créateur, maître du ciel et de la pluie, ces instances circonscrivent si finement l'espace social et symbolique que, s’ils abstiennent d'y sacrifier, même les villageois convertis ne peuvent guère se soustraire à leur juridiction. Pourtant, cette région n'a pas plus échappé aux tribulations de l'histoire moderne et à l’entreprise missionnaire que ses voisines. Comment comprendre la pérennité et la vitalité de l’activité rituelle liée à ces cultes anciens ? Dans une telle société échappant largement à l’emprise de l’administration étatique, répondre à cette question suppose d’examiner de près la manière dont, à chaque occasion, se tissent et se retissent les liens qui attachent les habitants à leur « terre » et à ses vicissitudes. Pour en suivre les méandres, le lecteur est invité à entrer dans le vif des chroniques villageoises et des observations recueillies par l’auteur lors de ses séjours répétés sur le terrain. Par « terre », les Kujamaat n’entendent pas seulement le sol, le territoire et les habitants qui le peuplent, mais aussi l’espace invisible où transitent les « âmes » du riz et des défunts à renaître et, par synecdoque, l’ensemble des puissances censées résider en ses profondeurs. Or, vis-à-vis de celles-ci, il semble que nul ne soit jamais quitte : dettes sacrificielles contractées volontairement ou à son insu, dettes héritées de parents défunts, il n’est guère de villageois, homme ou femme, qui ne vive sans « une corde attachée ».  Qu’il s’agisse de pratiques cultuelles, de travail, de rites de procréation, d’homicide, de règles d’évitement ou de représentations eschatologiques, l’expression récurrente « payer la terre » subsume l’ensemble des obligations sociales et rituelles qui tout à la fois brident et instituent comme sujet chacun de ses habitants. Cet ouvrage, nourri d’une ethnographie sur le long terme, convie à l’exploration des différentes figures de cette dette.

Directrice d’études à l’EPHE (ethnologie des religions de l’Afrique Noire), et directrice adjointe du CEMAf (Centre d’Études des Mondes Africains, UMR 8171), Odile Journet-Diallo fréquente depuis de  longues années les sociétés jóola du Sénégal et de la Guinée-Bissau sur lesquelles elle a publié de nombreux articles. Elle a notamment contribué aux recherches collectives menées au sein du laboratoire « Systèmes de Pensée en Afrique Noire » sur le sacrifice, le deuil, les objets-fétiches, le totémisme et l’initiation.

 

vol. 133. T. Volpe, Science et théologie dans les débats savants du XVIIe siècle : la Genèse dans les Philosophical Transactions et le Journal des savants (1665-1710), Turnhout, Brepols, 2008, ISBN 978-2-503-52584-6 : 472 p., 10  ill. n&b [65 euros]. pdf
La seconde moitié du XVIIe siècle voit se produire une véritable révolution de la communication dans la République des Lettres avec l’apparition des premiers périodiques scientifiques, dont les premiers en date et les plus importants : le Journal des savants et les Philosophical Transactions, sont fondés en 1665. Utilisant les comptes rendus d’ouvrages publiés dans ces deux grands journaux savants, sources encore largement sous-exploitées, ce livre étudie les rapports entre la science et la théologie, et plus précisément le récit de la Genèse, dans cette période où se préparaient les Lumières. La confrontation des deux journaux, liés respectivement à l’Académie royale des sciences et à la Royal Society, permet une comparaison entre la France, pays catholique, et l’Angleterre, pays protestant, qui bouleverse les idées reçues. Les pages consacrées aux premières décennies des Philosophical Transactions fournissent une étude inédite et bienvenue qui comble une lacune sur le sujet. Les problèmes soulevés par l’exégèse des versets de la Genèse évoquent toute une série de questions théologiques, philosophiques, scientifiques, parfois même directement politiques. À travers les comptes rendus, la confrontation des théories scientifiques avec le récit de la Genèse nous fait le plus souvent découvrir des ouvrages peu connus et sortir des sentiers battus. Car ce que la postérité a retenu comme essentiel n’a pas toujours reçu une grande diffusion chez les contemporains, tandis que des auteurs aujourd’hui oubliés ont trouvé en leur temps une large audience par le relais des périodiques savants.
Un CDRom joint à ce volume met à disposition du lecteur la base de données constituée par l’auteur sur le contenu scientifique et théologique des deux journaux savants à partir d’un dépouillement systématique.

(The apparition of the first scientific periodicals in the second half of the 17th century revolutionized the communication in the Republic of Letters, the Journal des savants and the Philosophical Transactions being the first ones in time (1665) and in importance. Making use of the book reviews published in these two famous scholarly journals, sources still largely underexploited, this book studies the relationship between science and theology, and more precisely the story of Genesis, in that period preparing the Age of Enlightenment. The comparison of the two journals, respectively linked to the french Académie royale des sciences and the Royal Society, leads to unexpected results about Roman Catholic France and Protestant England. The pages devoted to the first decades of the Philosophical Transactions provide an original and welcome study which bridges a gap on the subject.
The problems raised by the exegesis of the Genesis verses conjure up a whole range of theological, philosophical, scientific and sometimes even properly political questions. Through the book reviews, the confrontation of scientific theories with the narrative of Genesis most often makes us discover little-known works and leave the beaten track. For, what posterity has retained as essential not always received a wide circulation among contemporaries, whereas authors now forgotten, found in their time a large audience through the medium of scholarly periodicals.
A C.D-ROM attached to this volume puts at the reader’s disposal, in a convenient form, the data-base put together by the author on the scientific and theologial content of the two scholarly journals after a systematic perusal.)

Docteur en chimie organique et docteur de l’École Pratique des Hautes Études (Sciences religieuses, Histoire), Tony Volpe est ingénieur d’études au C.N.R.S.

 

vol. 132. L. Oreskovic, Le diocèse de Senj-Modrus en Croatie de la Contre-Réforme aux Lumières (1650-1770), Turnhout, Brepols, 2008, ISBN 978-2-503-52448-1: VII + 575 p., 7 ill. n&b [50 € HT].  pdf         Situé en un point de rencontre entre l’Europe centrale et la mer Adriatique, recouvrant une partie septentrionale de la chaîne des Alpes Dinariques, le diocèse catholique de Senj-Modru_ est, durant les XVIIe et XVIIIe siècles, aux avant-postes de l’antemurale christianitatis, face à l’islam. Les influences culturelles et religieuses se croisent ou se repoussent dans cette région de la Croatie habsbourgeoise, aux confins des possessions dalmates de la Sérénissime, et limitrophe de la Bosnie ottomane. La composition de la population connaît une mutation, notamment avec la colonisation des territoires reconquis sur les Turcs en 1689. Le rapport au protestantisme, à l’islam, puis à l’orthodoxie, confère à ce diocèse catholique la dimension d’une frontière intérieure. L’appartenance confessionnelle participe de la forte identité qui caractérise la population. Si les spécificités de la pratique religieuse croate, héritées de la période médiévale, perdurent dans de nombreuses paroisses, l’Église post-tridentine inspire un renouvellement certain. De plus, dans le contexte de l’Aufklärung, s’impose le centralisme des Habsbourg. La modernité voulue par la maison d’Autriche ne réduit cependant pas l’originalité de cette société des confins. Cette étude intéressera évidemment les historiens de l’empire austro-hongrois ainsi que les spécialistes des relations interconfessionnelles (catholicisme/orthodoxie et chrétienté/islam). Les historiens de l’art baroque y trouveront également des matériaux concernant leur spécialité.

Docteur de l’École Pratique des Hautes Études, Section des sciences religieuses, Luc Oreskovic est membre de l’équipe de recherche sur la culture croate et les échanges intellectuels internationaux (Centre de recherche en littérature comparée) ainsi que du conseil scientifique auprès de la Société Ruer Boskovic (Paris IV Sorbonne). Il étudie les relations des Croates avec le reste de l’Europe moderne, notamment dans leurs aspects politiques et religieux.

 

vol. 131. Ilaria BIAGIOLI, Claude LANGLOIS, François LAPLANCHE (dir.), Autour d’un petit livre. Alfred Loisy cent ans après (Série "Histoire et prosopographie de la Section des sciences religieuses" n° 4), Turnhout, Brepols, 2007, ISBN 2-503-52342-2: 348 p. [45.00 € HT]. Le centenaire de la mise à l’Index du livre le plus célèbre d’Alfred Loisy, L’Évangile et l’Église, a entraîné en France un certain nombre de commémorations. Le colloque réuni au Collège de France et à la Sorbonne les 23 et 24 mai 2003 a voulu mesurer, en reprenant un titre de l’auteur, quelles ondes s’étaient propagées « autour d’un petit livre », et dire comment l’actualité de Loisy tient moins à la nouveauté de son exégèse qu’au mouvement spéculatif, toujours vivant, qui est issu de la prise en compte de l’histoire par la théologie chrétienne. La visée de ce colloque fut d’abord de replacer Loisy en son temps, ce qui impliquait de situer ses prises de position par rapport à l’évolution de l’herméneutique protestante au XIXe siècle (F. Laplanche), à la philosophie de l’action développée par Blondel dans le climat du néo-kantisme français (R. Ciappa), aux normes de l’orthodoxie catholique régissant l’exégèse de la Bible (F. Beretta et C. Arnold). Après avoir consacré plusieurs années à l’histoire des religions, Loisy revient à l’exégèse du Nouveau Testament et à l’histoire des origines chrétiennes. Plusieurs communications se sont proposé de condenser le bilan de cet apport, en examinant quelques thèmes majeurs de l’œuvre de Loisy : son étude du sacrifice, le rite religieux par excellence (R. Koch-Piettre) ; sa vision de l’histoire d’Israël et du milieu juif au temps de Jésus (A. Sérandour et A. Lemaire) ; enfin sa conception de la naissance du christianisme (F. Amsler, S. Mimouni).
Replacer Loisy en son temps, c’était aussi porter attention à ses contemporains. Le colloque a évoqué un certain nombre de personnages liés à Loisy et la réception de son œuvre hors de France : Georges Goyau (J. Grondeux), Mgr Lacroix (Ch. Sorrel), Mgr Mignot (L.-P. Sardella), Guillaume Pouget (E. Antonello), Ernesto Buonaiuti (R. Cerrato), Franz Cumont (C. Bonnet), Maude Petre (I. Biagioli), l’Allemagne (O. Weiss), l’Espagne (A. Botti).
Marquée par son temps, l’œuvre de Loisy en dépasse pourtant les limites et l’onde de choc qu’elle a produite voici un siècle est venue jusqu’à nous. L’exploration de cette question a été conduite par P. Colin, P. Gibert, B. Montagnes, Ch. Theobald. L’ouverture (É. Goichot) et les conclusions (É. Poulat) offrent un “panoramique” sur le “cas Loisy”.

vol. 130. Lyne BANSAT-BOUDON, Roland LARDINOIS (dir.), Sylvain Lévi (1863-1935). Études indiennes, histoire sociale (Série "Histoire et prosopographie de la Section des sciences religieuses" n° 3), Turnhout, Brepols, 2007, ISBN 2-503-52447-4 : 531 p., 9 ill. [65.00 € HT].
Ce volume constitue les Actes du colloque international consacré à Sylvain Lévi qui s’est tenu à Paris, du 8 au 10 octobre 2003, sous l’égide de l’École Pratique des Hautes Études et de la Maison des Sciences de l’Homme.
 Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (de 1886 à 1935, à la IVe et à la Ve section) et professeur de langue et littérature sanscrites au Collège de France de 1894 à 1935, Sylvain Lévi (1863-1935) fut une haute figure de l’indianisme français, à une époque où la philologie sanscrite en était la discipline reine. Multipliant apprentissages et domaines de recherche afin d’appréhender de toutes parts la pensée indienne, il construisit une œuvre considérable, au rayonnement international. De même fut-il bâtisseur institutionnel, posant aussi bien les fondements de l’enseignement indianiste français que ceux de l’Institut de civilisation indienne, créé en 1927. Parallèlement, dans les années 1880, Sylvain Lévi rejoignit l’Alliance israélite universelle. Élu à sa présidence en 1920, il assuma cette fonction jusqu’à sa mort, en octobre 1935.
Le nom de Sylvain Lévi est connu. Paradoxalement, pourtant, l’homme et l’œuvre sont aujourd’hui frappés d’un relatif oubli. Pour tenter d’y remédier, il était nécessaire d’adopter le double point de vue des études indiennes et de l’histoire sociale, tant il est vrai qu’en Sylvain Lévi se conjoignent exemplairement le savant adonné à sa recherche et l’intellectuel engagé, l’un et l’autre animés du même idéal d’humanisme et d’aspiration à l’universel.
Ainsi a-t-on relu l’œuvre indianiste et orientaliste de Sylvain Lévi, en s’efforçant d’en saisir la diversité (théâtre, littérature, études védiques, histoire des religions, bouddhisme, philologie, philosophie, histoire), et pris la mesure de son rayonnement international (Russie, Inde, Japon). On a également examiné la place qu’il occupa dans le monde intellectuel de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Deux thèmes ont organisé cette réflexion : les approches disciplinaires de l’orientalisme dans l’espace francophone à l’époque de Sylvain Lévi (philologie, histoire, anthropologie, sociologie); Sylvain Lévi et les milieux juifs en France, de l’Affaire Dreyfus à la Seconde Guerre mondiale.

vol. 129. Hubert BOST, Pierre Bayle historien, critique et moraliste, Turnhout, Brepols, 2006, ISBN 2-503-52340-8 : 279 p. [35.00 € HT].
L’œuvre de Pierre Bayle (1647-1706), aussi foisonnante et complexe soit-elle, fait aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt mérité. Même s’ils ont sollicité la pensée du philosophe de Rotterdam en lui faisant parfois endosser des thèses qui n’étaient pas les siennes, les écrivains des Lumières ne s’y étaient pas trompés, qui reconnaissaient en lui l’un de leurs principaux devanciers – et donc un fondateur de la « modernité » dont nous avons hérité. Mais Bayle n’est pas qu’un « philosophe » au sens courant et un peu scolaire que ce terme a revêtu. S’il défend résolument le périmètre d’une raison émancipée de la tutelle théologique, s’il plonge avec délices dans les arcanes de la métaphysique et se passionne pour les concepts, il est trop curieux de tout pour confiner sa réflexion au seul champ de cette discipline. Bayle est aussi un amateur d’histoire, antique ou moderne, soucieux de comprendre l’humanité à travers ce qu’elle accomplit, son organisation socio-politique, ses représentations et ses systèmes de croyance. Journaliste, il se veut passeur d’idées et chroniqueur de son temps. Porté par tempérament à la critique, il se montre sans cesse à l’affût des failles logiques des systèmes de pensée et de conviction, attentif aux contradictions entre le discours et l’action. Révolté par l’injustice et révulsé par l’hypocrisie, il dénonce les accommodements de ceux qui prétendent adapter ou soumettre les exigences morales – notamment celles de l’évangile chrétien – à leurs intérêts présents.
L’ensemble des études réunies ici, dont deux sont inédites, rend compte de certains aspects de cette pensée qui préfère toujours les questions aux réponses. On y trouvera des enquêtes qui soulignent l’importance qu’ont eue ses œuvres de jeunesse pour l’élaboration de sa pensée ; le rôle d’animateur de la République des Lettres qu’il a joué au Refuge huguenot ; le poids de ses convictions politiques dans son positionnement face à la révocation de l’édit de Nantes ou à la Glorieuse Révolution ; et quelques-unes des convictions fondamentales en faveur desquelles il s’est battu toute sa vie, comme la liberté de conscience, de pensée et d’expression. Sa pensée est toujours en prise avec les défis de son époque : défis éthiques et civiques en particulier, qui, faute d’être relevés, condamnent les peuples à être les marionnettes des clercs ou des puissants. Les hommes étant portés à se conformer aux injonctions de ceux qui crient le plus fort, il faut leur apprendre à s’émanciper des tutelles qui les empêchent d’examiner les faits ou les discours par eux-mêmes. Nul doute que cet effort, auquel Bayle ne cesse d’appeler ses contemporains et ses lecteurs, mobilisa son énergie jusqu’à son dernier souffle. En un temps où la question théologico-politique se pose avec une acuité renouvelée et à l’échelle mondiale, il vaut la peine de le relire et de découvrir la surprenante actualité de ses réflexions.

« Par ce nouvel ouvrage, au plus près des jours et des travaux du philosophe de Rotterdam, et d’une écriture érudite et sereine, H. Bost nous offre, en la figure de Bayle, une leçon d’éthique pour un monde qui se consume en sa propre fureur. », Daniel Vidal, Archives de sciences sociales des religions 136 (oct.-déc. 2006). 


vol. 128. Simon C. MIMOUNI, Isabelle ULLERN-WEITÉ (dir.), Pierre Geoltrain ou Comment “Faire l’histoire” des religions ? (Série "Histoire et prosopographie de la Section des sciences religieuses" n° 2), Turnhout, Brepols, 2006, ISBN 2-503-52341-5 : 400 p. [50.00 € HT].

Ce volume est dédié à la mémoire de Pierre Geoltrain, fondateur de la chaire des « origines du christianisme » à la Section des sciences religieuses de l’École Pratique des Hautes Études. La première partie offre un choix d’articles de l’historien illustrant la polymathie et le caractère pionnier de ses recherches, ainsi qu’une épistémologie dont la démarche sceptique n’interdit pas l’assurance sur les faits fondamentaux : concernant les origines du christianisme, sa constitution comme dissidence herméneutique du judaïsme scripturaire. Un essai d’un des éditeurs explicite les principes ayant guidé la pratique scientifique de l’historien. Principalement consacrées, bien sûr, au premier christianisme, les contributions de collègues et de disciples réunies dans la seconde partie prolongent les chantiers et spéculations scientifiques de Pierre Geoltrain. Un intermède littéraire répond aux échappées qui, dans ses séminaires, manifestaient son intérêt sensible mais distancié pour la fable. Les contributions de la dernière partie font écho au dialogue que l’historien entretenait avec d’autres disciplines : philosophie, théologie et anthropologie. En guise de postface, Pierre Legendre lui dédie ses réflexions anthropologiques sur la Bible comme « emblème monothéiste ».
Ont contribué à cet hommage collectif : Olivier Abel (Faculté de théologie protestante de Paris), Serge Bardet (Université d’Evry), Marianne Carbonnier-Burckhardt (Faculté de théologie protestante de Paris), Luigi Cirillo (Institut universitaire oriental de Naples), Corina Combet Galland (Faculté de théologie protestante de Paris), Jean-Daniel Dubois (École Pratique des Hautes Études), Pierre Gisel (Université de Lausanne), Pierre Legendre (École Pratique des Hautes Études), Simon C. Mimouni (École Pratique des Hautes Études), Jean-Noël Peres (Faculté de théologie protestante de Paris), Pierluigi Piovanelli (Université d’Ottawa), Stéphane Ruspoli (Atlanta), John Scheid (Collège de France), Matthieu Smyth (Université de Lausanne), Françoise Smyth-Florentin (Faculté de Théologie protestante de Paris), Isabelle Ullern-Weité (Centre d’Études des Religions du Livre), Sarah Vajda (écrivain, Paris), Liliane Vana (École Pratique des Hautes Études).

vol. 127. Jean-Michel LENIAUD, Isabelle SAINT-MARTIN (dir.), Historiographie de l'histoire de l'art religieux en France à l'époque moderne et contemporaine. Bilan bibliographique (1975-2000) et perspectives, Turnhout, Brepols, 2005, ISBN 2-503-52019-7 : 300 p. [50 € HT].

De 1975 à 2000, l'histoire de l'art religieux des XVIe, XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe siècles en France a fait l'objet d'environ 2500 études. Ce volume en constitue la bibliographie à peu près exhaustive : elle concerne l'architecture, la peinture, la sculpture et les arts décoratifs en rapport avec la liturgie catholique, le protestantisme et le judaïsme. Des commentaires la précèdent, qui mettent évidence la vitalité de cette spécialité historiographique, mais aussi les lacunes et les pistes qui restent encore à défricher : ils fournissent un bilan riche et nuancé sur les travaux consacrés à notre patrimoine religieux et proposent d'enthousiasmants programmes de recherce pour l'avenir. Ils montrent que les arts religieux ont constitué l'un des domaines les plus féconds de la création artistique en France et encouragent l'historien du fait religieux à les traiter désormais comme une source fondamentale, au même titre que la documentation écrite. Mais indépendamment de ces propositions historiographiques, ce volume offre un instrument de travail nouveau et précieux non seulement à l'historien et à l'historien de l'art, mais aussi au bibliothécaire et au conservateur du patrimoine.

vol. 126. Mohammed Ali AMIR-MOEZZI, Christian JAMBET, Pierre LORY (dir.), Henry Corbin. Philosophies et sagesses des religions du Livre (Série "Histoire et prosopographie de la Section des sciences religieuses" n° 1), Turnhout, Brepols, 2005, ISBN 2-503-51904-3 : 255 p., 5 fig. [45 € HT].

Ce volume regroupe les communications données lors du colloque tenu en Sorbonne les 6-8 novembre 2003 à l'occasion du centenaire de la naissance de Henry Corbin. Il poursuit les lignes de réflexions sur la philosophie et les religions que Corbin avait si généreusement ouvertes. D’abord, bien évidemment, concernant la pensée islamique classique : son approche du chiisme duodécimain (Mohammad Ali Amir-Moezzi), de l'ismaélisme (Daniel de Smet, Guy Monnot), de la mystique persane (Paul Ballanfat, Charles-Henri de Fouchécour), du soufisme d'Ibn ‘Arabî (Michel Chodkiewicz). La réflexion sur des points de religions non musulmanes, également stimulés par Henry Corbin, a trouvé sa place ici : la christologie ancienne (Simon Mimouni ; Gerard Wiegers), la spiritualité du judaïsme (Paul Fenton, Maria Subtelny). Enfin, c'est la pensée philosophique tout court qui s'est trouvé fécondée par les apports de Corbin. C'est ce qu'illustrent les réflexions de Christian Jambet sur l'histoire, de Jean-Michel Hirt sur la psychanalyse, de Hermann Landolt sur l'avicennisme, de Jean-François Marquet sur « la science de l'unique », de James Morris sur la transmission de la science des religions, de Jean-Louis Vieillard-Baron sur l'hégélianisme

vol. 125. Louis CHÂTELLIER, Philippe MARTIN (dir.), L'écriture du croyant, Turnhout, Brepols, 2005, ISBN 2-503-51829-9 : VIII+216 p. [45 € HT].

L’individu tient une place privilégiée dans l’historiographie actuelle. Ce sont ses rapports avec la religion qui constituent l’objet des communications publiées dans ce recueil. Correspondances, journaux intimes, notes prises à l’issue de sermons ou à l’occasion de lectures furent mis à profit pour tenter de saisir comment la religion était vécue, au jour le jour, par les fidèles, catholiques ou protestants. Leur plume prend trois chemins, a priori séparés mais qui, tous, aboutissent à une expression, plus ou moins explicite, de leur foi. Les correspondances sont riches d’enseignements ; échanges de nouvelles, interrogations sur les grands choix d’une vie ou manifestation d’une inquiétude face à la mort, elles traduisent le souci de partager les doutes ou les certitudes, appel au correspondant pour l’entraîner dans la sphère du personnel et de l’intime. Mais l’écriture du croyant se glisse dans des recoins encore plus cachés. Bien sûr, ce sont les testaments mais aussi des notes relevant de l’immédiat, phrases jetées sur le papier pour conjurer le destin, aider la mémoire ou la prière. Les récits de vie sont plus amples, justification de comportements et d’itinéraires. On écrit pour expliquer une conversion, présenter un voyage, retracer une expérience lors d’une tourmente, pour louer un « maître » ou, tout simplement, pour tenter de résumer une vie. Le croyant se penche alors sur son existence pour y découvrir une direction, une progression vers un approfondissement de sa foi. La collecte de ces témoignages est pour nous, historiens du XXIe siècle, au-delà des hommes étudiés, un moyen d’approcher de ce que fut le religieux au début des Temps Modernes.

vol. 124. Stella GEORGOUDI, Renée PIETTRE-KOCH, Francis SCHMIDT (dir.), De la cuisine à l'autel. Les sacrifices en questions dans les sociétés de la Méditérannée ancienne, Turnhout, Brepols, 2005, ISBN 2-503-51739-1 : XVIII+452 p., 23 fig. [75 € HT].

En 1979, La cuisine du sacrifice en pays grec renouvelait la question du sacrifice en l'introduisant dans le registre de l'alimentation carnée. En 2005, La cuisine et l'autel propose une démarche comparative entre sociétés en contact. L'ouvrage étend les recherches sur le sacrifice à d'autres cultures de la Méditerranée ancienne, explore les évolutions jusqu'aux premiers siècles du christianisme, et revisite certaines oppositions admises entre sacrifice sanglant et offrande végétale, entre sociétés polythéistes et sociétés monothéistes. Le sacrifice est-il introuvable en Égypte ancienne ? Quelle définition tirer de ses formes et de ses noms multiples en Grèce ou dans le judaïsme ? À Rome comme ailleurs, est-ce bien une « destruction » sacrificielle qu'il faut articuler avec le partage et la convivialité ? Comment dénier la violence du geste sacrificiel et la voracité des dieux ? Quand et selon quelles étapes l'empire romain a-t-il progressivement interdit les sacrifices, et qu'est-il resté de ces rites dans le néoplatonisme, quelle distorsion ont-ils subi avec le christianisme ? Ce sont quelques-unes des questions que ce livre examine dans le détail des cérémonies sacrificielles et de leurs transformations, passant de l'hommage à l'aumône, de la flamme des autels à l'étal des bouchers, de la place que le rite aménage aux dieux à l'élimination rituelle des déchets consacrés.
 

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Dernière mise à jour : ( 20-01-2010 )